Gen d’Hiroshima, l’atrocité en Noir et Blanc

Témoin direct du bombardement du 6 aout 1945 sur Hiroshima, Keiji NAKAZAWA dessine une histoire inspirée de la sienne, ou l’on suit le jeune Gen sur plusieurs années. Du terrible bombardement de 1945 au printemps 1953, l’histoire de ce manga est un terrible  plaidoyer antimilitariste, qui marquera profondément ses lecteurs.

gen d'hiroshima

Le premier manga publié en France

C’est tout à fait par hasard que je suis tombé sur le premier volume de ce manga au Musée du Manga de Kyoto, un véritable temple contenant plus de 300 000 ouvrages, et que j’ai débuté ma lecture. Ce fut un véritable choc tant il est rare de trouver autant d’intensité dans un manga. J’ai donc dévoré ce premier volume avant de chercher à savoir d’où venait cette merveille.

Gen d’Hiroshima est en réalité très célèbre au Japon, puisqu’il est utilisé dans les écoles lorsqu’il s’agit d’évoquer les bombardements sur Hiroshima et Nagasaki. Publié au Japon entre 1973 et 1985 dans plusieurs périodiques différents, du fait du peu de succès initial et de sa vision trop négative du pays dans l’après-guerre, il est traduit et publié en France en 1983 par la maison d’édition Les humanoïdes associés. On le considère comme le premier manga publié en France !

Cependant, cette parution est un échec cuisant. Il en sera de même en 1990 lorsqu’Albin Michel tentera de republier ce manga sous le titre Mourir pour le Japon. Ce n’est qu’avec l’édition publiée entre 2003 et 2007 chez Vertige Graphic que le manga trouva son public.

Et je ne peux que vous conseiller de lire ces 10 tomes de Gen d’Hiroshima…

Un témoignage intemporel à ne pas oublier

gen d'hiroshima

Dans une interview, Keiji NAKAZAWA réponds à la question : Quand avez-vous décidé de réaliser ce témoignage ? par ces mots : Ma mère décéda à l’âge de 60 ans. Quand nous avons incinéré son corps, Elle n’avait plus d’os. J’ai pensé que le rayonnement de la bombe atomique avait détruit jusqu’à sa matière osseuse. Cela m’a révulsé. Je décidai aussitôt de faire une BD qui raconte la bombe.*

Avec cette envie de témoigner et de faire comprendre au monde l’horreur vécue, l’auteur livre une œuvre d’une puissance dramatique incroyable. J’ai encore devant les yeux l’image de ce cheval qui prend feu, à cause de la chaleur de la bombe A.

Les corps qui fondent, les gens qui hurlent à la recherche d’eau, les morts-vivants, c’est un cauchemar qui se déroule sous nos yeux, page après page, et on comprend la rancune que peut éprouver l’auteur face aux américains. Il est évident que rien ne justifiera un tel acte, et un témoignage direct d’un survivant vaut plus que milles mots.

gen d'hiroshima

La force du dessin

Tout au long des 2600 planches qui composent l’œuvre, nombreux sont les thèmes abordés. De la Bomba atomique et ses conséquences aux relations nippo-américaines, de la frontière entre le bien et le mal au rapport entre l’histoire et la mémoire, c’est une œuvre engagée que nous propose NAKAZAWA, ce qui lui a par ailleurs été reproché dans un pays où certains thèmes restent tabous.De la même façon que l’image violente donnée par Le tombeau des lucioles avait empêché le succès immédiat de l’œuvre.

Les dessins pourtant si simples sont parfois d’une violence inouïe, un peu à la manière d’Osamu TEZUKA d’ailleurs, et les mots sont presque superflues par moments.

Cette œuvre est parfois comparée à MAUS, d’Art SPIEGELMAN qui dit d’ailleurs avoir été influencé par Gen d’Hiroshima. Et tout comme MAUS, ce manga prend position et dénonce, pour au final nous permettre d’avoir une vision non censurée d’une période de souffrances terribles pour tout un peuple.

Une lecture assez dure mais terriblement prenante, que je vous conseille vivement. Et pour ceux qui visiteront le mémorial d’Hiroshima, ce manga est un complément idéal pour une vision historique complète.

 

*http://www.actuabd.com/EXCLUSIF-Entretien-avec-Keiji

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2 commentaires sur « Gen d’Hiroshima, l’atrocité en Noir et Blanc »

  1. Je te remercie ! Quand les grands esprits se rencontrent… 😉

    Et comme tu le dis bien, c’est une œuvre qui permet d’avoir la vision asiatique d’un événement connu de tous mais pas forcément du point de vue le plus intéressant…

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